Nécrologie: elle s’appelait Pauline Poinsier

L’une des toutes premières plumes féminines qui aura fait les beaux jours de la presse privée au Cameroun s’en est allée.

Par une extraordinaire pénurie de mots justes qui sévissait  au début  des années 90, tous les titres de la presse privée paraissant à Douala étaient affublés d’être une presse de l’opposition. Avec le phénomène des villes mortes et l’irruption dans le quotidien des « Cartons rouges », le journaliste de la presse privée était forcément taxé d’être un opposant bien qu’il n’eût jamais pris une carte de militant d’un parti de l’opposition.

Pauline était  remarquable de par son  culot. A un moment où les commandements opérationnels rythmaient le quotidien de la capitale économique, elle avait gagné son surnom de « ville rebelle » ou  « ville frondeuse ». Avec raison cependant, la soldatesque de Paul Biya ne se faisait pas chiche de ses coups de matraques. Alors que la ville revendiquait une conférence nationale souveraine, les leaders politiques avaient eu à la place une fessée nationale souveraine. Une patrouille de l’Armée camerounaise avait sauté sur les leaders politiques et avait méchamment sévi de sa matraque. Le vieux Samuel Eboua, l’avocat Charles Tchoungang, le non moins vieux Gustave Essaka, l’ingénieur Jean-Jacques Ekindi, étaient tous passés à la chicote nationale souveraine : la fureur de la sauvagerie de l’Etat.

Pauline était avec nous…

En dépit de  cette furia d’Etat, Pauline Poinsier avait maintenu sa position et raffermi ses convictions de contestataire. Elle était alors chroniqueur à Challenge hebdo, elle se faisait le devoir de couvrir tous les meetings du SDF, de l’UNDP et de l’UPC, sans oublier au passage ceux des petits partis du landernau. Elle s’imposait aussi d’être présente aux grandes réunions politiques à Akwa au siège du MP d’Ekindi, qui venait de démissionner avec fracas du RDPC. Et à ceux  du MNSD de Yondo Black, le bâtonnier qui s’était retrouvé au trou pour, disait-on, avoir tenté de créer un parti politique alors que le Cameroun était encore le pays du multipartisme interdit. A ces réunions, elle ne manquait pas de rencontrer de brillants sujets comme Célestin Monga arborant sa triple casquette de Journaliste, de grand banquier et de journaliste indocile. Tout à côté, le vieux Frédéric Augustin Kodock de l’UPC, ou le fringuant  Grégoire Owona, qui n’était encore que simple activiste dans les manifestations de l’opposition à Douala. Il finira ministre au Gouvernement et secrétaire général adjoint du RDPC.

Pauline aura pu rencontrer et faire la connaissance de tous. Bien servie par la nature, elle attirait l’attention de tous et surtout des hommes qui en étaient à se bousculer à ses pieds.

Le fait d’avoir été la seule à se mêler d’un métier aussi ingrat que la presse privée, elle en était davantage séduisante de par son courage, et charmante de par son tempérament. On le lui a plutôt bien rendu. Elle avait émergé à l’époque où on disait qu’un journaliste ne valait que son carnet d’adresses. Dieu sait que Pauline en avait un ! Elle pouvait s’inviter aux endroits les plus inattendus de la capitale à Yaoundé. Ici, elle rencontrait le pilote personnel du Président, le Colonel Ze Eyang, lequel avait une villa aux abords du Palais présidentiel à Etoudi. Lorsqu’elle avait une minute, elle s’imposait aussi un détour chez Ava’a Ava’a, histoire de montrer qu’elle était bien introduite et pouvait avoir de l’entregent. Elle avait aussi ses fréquentations chez une bonne brochette de ministres dans la Capitale, Garga Haman Adji,  Bello Bouba ou Henri Bandolo. Elle s’abreuvait ainsi aux bonnes sources et travaillait activement à  trouver l’information livrable. Elle avait su tirer parti de son entregent à un moment où les journalistes ne pouvaient pas encore jouer d’aise et de paresse avec la facilité des réseaux sociaux, WhatsApp, Twitter ou  Facebook, alors qu’Internet n’était encore qu’un luxe pour bourgeois. Elle a pu tirer les journalistes de bien de situations délicates, grâce à son carnet d’adresses. Le Cameroun était alors un royaume de l’information interdite et du règne de la rumeur : « la rumeur vient d’en-bas, la vérité vient d’en haut ». A cette sentence de Paul Biya, Pauline s’était alors formée à aller cueillir l’information dans les sommets où fleurit la vérité. Elle pouvait aider à recouper l’information pointue, même lorsqu’elle s’était perdue dans la fange de la rumeur.

 

François LASIER

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