25 ans de la loi Taubira : L’abrogation du Code noir, un simple écran de fumée ?
Par Simon NGAKA Publié le 21 mai 2026
Le 21 mai 2001, la France inscrivait dans son arsenal législatif la loi Taubira, reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Vingt-cinq ans plus tard, jour pour jour, l’actualité mémorielle s’accélère à Paris. Le 28 mai prochain, l’Assemblée nationale s’apprête à débattre d’un texte visant à abroger formellement le tristement célèbre « Code noir » de Colbert.
Si la démarche est présentée par la présidence d’Emmanuel Macron comme un pas historique vers la réconciliation, elle soulève une question fondamentale : s’agit-il d’une avancée concrète ou d’un énième écran de fumée politique ?
Un anachronisme juridique enfin ciblé par la loi Taubira
Promulgué en 1685 sous Louis XIV, le Code noir a régi pendant des siècles la vie, les châtiments et l’asservissement des millions d’Africains déportés dans les colonies françaises. Bien que rendu obsolète par les abolitions successives, ce texte n’avait jamais été formellement et techniquement rayé des tablettes juridiques de la République.
L’abrogation prévue le 28 mai vient corriger une anomalie. Mais nettoyer les textes du passé suffit-il à rendre justice dans le présent ? Pour de nombreux observateurs et figures de la diaspora, le compte n’y est pas. (LIRE AUSSI : GÉOPOLITIQUE : Le virus Ebola en RDC, une crise sanitaire ou une arme de contrôle ?).
Le grand tabou des réparations financières
Derrière les commémorations officielles et les symboles, un mot continue de paralyser la classe politique française : les réparations.
Dès que la question de l’indemnisation des afro-descendants est posée sur la table, les gouvernements successifs bottent en touche. La crainte d’ouvrir une boîte de Pandore financière et juridique pousse le législateur à se cantonner au domaine du symbolique. Pourtant, le préjudice historique, économique et psychologique de la traite des Africains — qualifiée par l’ONU de crime le plus grave contre l’humanité — reste une réalité structurelle.
Vers une justice réparatrice : Les exigences africaines
Pour le continent africain et ses diasporas, la véritable justice ne se résume pas à l’émission d’un chèque ou à un vote à main levée dans un hémicycle parisien. L’accent doit être mis sur une justice réparatrice globale, qui s’articule autour de deux piliers majeurs :
1. La refonte éducative
La transmission de l’histoire reste le premier levier de la réparation. Il ne s’agit plus de traiter la traite négrière comme une simple ligne dans les manuels scolaires, mais d’enseigner de manière approfondie l’impact de ce crime systémique sur le développement de l’Afrique et la richesse des puissances occidentales.
2. Le respect de la souveraineté
La justice réparatrice passe par un changement radical de paradigme dans les relations internationales actuelles. On ne peut pas commémorer l’abolition d’un côté, et maintenir des mécanismes de domination économique ou d’ingérence politique de l’autre.
Conclusion : Au-delà des symboles, la loi Taubira
L’abrogation du Code noir en mai 2026 est une victoire morale nécessaire, mais elle arrive avec trois siècles de retard. Si la France souhaite réellement solder ce chapitre sombre de son histoire, elle devra dépasser le stade des discours feutrés. La dignité des peuples afro-descendants et la mémoire des millions de victimes exigent des actes courageux, une éducation transparente et une reconnaissance des structures de pouvoir qui découlent encore, aujourd’hui, de cette histoire coloniale.
Et vous, qu’en pensez-vous ? L’abrogation du Code noir est-elle une réelle avancée ou une simple opération de communication ? Exprimez-vous dans l’espace commentaires ci-dessous. (LIRE AUSSI : Ebola en RDC : L’arme sanitaire et le nouveau grand jeu géopolitique au cœur de l’Afrique).
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