Sénégal : démission d’El Malick Ndiaye, Président Assemblée nationale
Le feuilleton politique à Dakar vient de franchir un nouveau cap des tensions institutionnelles. Quelques jours seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, le camp souverainiste réplique. Fidèle parmi les fidèles du leader du PASTEF, le Président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a officiellement déposé sa démission. Ce geste, loin d’être un aveu de faiblesse, marque le début d’une contre-offensive méthodique.
À l’évidence, les lignes de fracture sont désormais nettes et les masques sont tombés. L’appareil du parti se met en ordre de bataille, et une recomposition radicale des rapports de force s’opère au cœur des institutions sénégalaises, sur fond de tensions diplomatiques palpables avec Paris.
1. Ce que signifie cette démission d’El Malick Ndiaye : Le refus de la normalisation
La démission du chef de l’organe législatif est un acte politique de haute trahison symbolique envers l’actuel chef de l’État. En quittant volontairement le perchoir, la deuxième personnalité de l’État refuse de servir de caution institutionnelle au virage pragmatique entamé par Diomaye Faye. Pour le PASTEF, il s’agit de paralyser la machine législative et de signifier au pouvoir exécutif que sa légitimité électorale, acquise sous la bannière du parti, ne lui donne pas un chèque en blanc pour en renier les fondements.
Ce retrait stratégique crée un vide institutionnel majeur et ouvre constitutionnellement la voie à une nouvelle élection pour la présidence de l’Assemblée nationale. C’est précisément ici que se dessine le piège politique tendu par le parti de la rupture.
2. Le retour d’Ousmane Sonko : Du gouvernement au perchoir ?
Désormais libéré de ses fonctions ministérielles, Ousmane Sonko redevient le maître du jeu politique interne. Ayant retrouvé l’intégralité de ses droits civiques et politiques après les vagues de réhabilitations, l’hypothèse de son retour triomphal à l’Assemblée nationale n’est plus une simple spéculation : elle est au cœur de la stratégie du parti.
En récupérant son statut de député, Ousmane Sonko a la possibilité légale et politique de briguer la présidence de l’Assemblée nationale. Si ce scénario se concrétise, le Sénégal basculerait dans une configuration inédite de dyarchie conflictuelle. Le leader historique du PASTEF, fort d’une majorité parlementaire disciplinée et soudée, se retrouverait au perchoir, face à un Bassirou Diomaye Faye isolé au Palais de la République. L’Assemblée nationale deviendrait alors le quartier général de l’opposition interne, capable de bloquer les projets de loi, de censurer le nouveau gouvernement et de dicter le tempo politique du pays.
Le PASTEF fait bloc derrière son chef historique. Les structures du parti se mettent en rangs serrés, verrouillant la fidélité des militants et des cadres autour d’une ligne claire : la fidélité au projet souverainiste initial, contre ce qu’ils qualifient de dérive présidentialiste.
3. Paris face au PASTEF : Le jeu dangereux des influences
En arrière-plan de cette guerre de tranchées nationale, l’ombre de la géopolitique internationale plane plus que jamais. L’éviction d’Ousmane Sonko, survenue dans la foulée directe des échanges diplomatiques et des visites officielles à Paris, avait été perçue par les milieux souverainistes comme une concession majeure accordée aux réseaux d’influence français et aux partenaires financiers occidentaux en quête de stabilité.
Aujourd’hui, la contre-attaque du PASTEF à l’Assemblée nationale sonne comme un avertissement direct envoyé à l’Élysée. Si Paris espérait une normalisation tranquille des relations bilatérales et une mise à l’écart définitive de la rhétorique anti-néocoloniale, le retour potentiel de Sonko au sommet du pouvoir législatif change la donne. Le bloc parlementaire du PASTEF détient le pouvoir d’examiner, de réviser, voire de rejeter les accords de coopération militaire, économique et les contrats miniers ou pétroliers impliquant des multinationales étrangères. Le bras de fer ne fait que commencer.
Vers un choc institutionnel inévitable incluant El Malick Ndiaye
Le Sénégal s’apprête à vivre l’un des rounds politiques les plus incertains de son histoire moderne. En se rangeant massivement derrière Ousmane Sonko, le PASTEF démontre que sa force de frappe reste intacte et qu’il refuse le compromis de la Realpolitik. La bataille pour le perchoir de l’Assemblée nationale ne sera pas une simple élection technique, mais un référendum de légitimité entre la légitimité institutionnelle du Président Faye et la légitimité populaire du projet originel porté par le PASTEF. (LIRE AUSSI : Sénégal : Le sacrifice d’Ousmane Sonko sur l’autel de la Realpolitik ?).
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