Paul et Chantal Biya de retour à Yaoundé
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CAMEROUN : l’absence de Paul Biya, très prolongée, interroge

Absence de Paul Biya dans plusieurs Une du monde. Alors que Paul Biya, le chef de l’État camerounais, n’est plus apparu publiquement depuis plus de 50 jours, les interrogations grandissent. Que prévoit la Constitution en cas d’absence prolongée ? Comment s’exerce le pouvoir malgré ses 93 ans ? Décryptage d’une situation politique inédite.

1. Que dit la Constitution sur l’absence prolongée du Président ?

Contrairement à une idée reçue, la Constitution camerounaise de 1996 ne fixe pas de durée maximale stricte (comme 30 ou 50 jours) pour l’absence physique du chef de l’État.

Le texte constitutionnel (notamment l’article 6) encadre principalement la vacance du pouvoir, qui répond à des critères juridiques très précis :

  • Les cas de vacance : La vacance de la Présidence de la République est déclarée en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif.
  • La procédure : L’empêchement définitif ne se constate pas automatiquement au bout d’un certain nombre de jours. Il doit être constaté à la majorité absolue des membres du Conseil Constitutionnel, saisi obligatoirement par le Président de l’Assemblée Nationale.
  • L’intérim : En cas de vacance constatée, l’intérim est assuré par le Président du Sénat (ou son suppléant) pour organiser un scrutin présidentiel dans un délai de 20 à 120 jours.

En clair : Tant que le Conseil Constitutionnel n’est pas saisi et ne constate pas formellement l’incapacité définitive du président à exercer ses fonctions, l’absence prolongée ne déclenche pas automatiquement une transition juridique, quelle qu’en soit la durée.

2. Un président de 93 ans : Les défis politiques et démographiques

À 93 ans, Paul Biya figure parmi les plus anciens dirigeants en exercice au monde. Cette longévité exceptionnelle au pouvoir pose des questions centrales pour l’avenir du pays :

  • La gestion de la vacance de fait : L’éloignement physique du président ravive les débats sur la gouvernance par « procuration » ou par le canal du Secrétariat Général de la Présidence de la République (SGPR).
  • Les rivalités de succession : L’absence prolongée du sommet de l’État accentue les luttes d’influence en coulisses entre les différentes factions du parti au pouvoir (RDPC) et au sein des grands corps de l’État, chacun anticipant l’après-Biya.
  • Le sentiment d’incertitude : Pour la population et les partenaires économiques, cette situation crée un climat d’attentisme qui pèse sur la stabilité et la prise de décisions stratégiques à long terme.

3. Des décrets signés à distance : La réalité de la continuité de l’État

Malgré l’absence de réapparition publique, le Journal Officiel et les médias d’État continuent de publier des décrets présidentiels signés ces derniers jours, portant nomination de hauts fonctionnaires ou de cadres au sein des forces armées.

Ce phénomène s’explique par deux réalités :

  1. La signature à distance et le paraphe : Sur le plan juridique, le chef de l’État peut continuer de signer des actes officiels depuis son lieu de séjour, maintenant ainsi la continuité administrative formelle de l’État.
  2. La délégation de signature : Au Cameroun, le Secrétaire Général de la Présidence de la République dispose de compétences étendues par délégation pour fluidifier les affaires courantes et garantir le fonctionnement des institutions.

Cependant, la multiplication de ces décrets en période d’absence prolongée suscite un débat permanent au sein de l’opposition et de la société civile quant à l’authenticité des arbitrages et au contrôle réel des décisions par le chef de l’État.

Conclusion : Un équilibre institutionnel sous tension en l’absence de Paul Biya

L’absence de Paul Biya remet en lumière les caractéristiques du système politique camerounais : un présidentialisme hyper-centralisé où la présence physique du chef de l’État reste le pilier de la légitimité, face à une mécanique institutionnelle qui continue de tourner à distance. Alors que les échéances politiques futures approchent, la question du leadership et de la transition demeure plus que jamais au cœur des enjeux nationaux.

LIRE AUSSI : Cameroun : Paul Biya réactive le Conseil Supérieur de la Magistrature après 6 ans de paralysie institutionnelle).


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Directeur de la publication de Saimondy. Analyste géopolitique, Journaliste-écrivain et éditeur, artiste musicien et producteur.

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