Dj Arafat : au-delà des « Chinois », la faillite de l’éducation en Côte-d’Ivoire

Dj Arafat

La réaction des « Chinois » de l’artiste Dj Arafat, décédé à Abidjan le 12 août 2019 dans un accident de moto, nous fait comprendre ce jour que des crises sociopolitiques ont toujours un effet pervers sur la jeunesse une fois que les dimensions scolaire et éducative sont mises de côté. BackToShool please ! Il faut toujours mettre en l’esprit des uns et des autres qu’on ne naît pas citoyen, on le devient. Selon les lieux de naissance, voire d’appartenance, on est forgé à la citoyenneté de l’Etat qui nous protège, nous forge pour le servir et doit nous offrir des horizons de réalisation de notre être.

La célébrité a un prix, la gloire aussi, pourrait-on dire à ceux qui depuis un moment disent de tout et de rien sur ce qui est arrivé à la dépouille du chanteur ivoirien Dj Arafat. On s’attendait à beaucoup de remous de ce côté-là, les autorités ivoiriennes de même. Cependant, la donne qui n’a pas été prise en compte est celle du niveau d’éducation des citoyens ivoiriens, de la maturité d’esprit de ceux qu’on appelle les Chinois. Dj Arafat était leur roi, leur idole. Et c’est ici que nous pensons que le pouvoir en place a fait sa plus grosse erreur. Lorsque le roi d’un peuple meurt, avant le « Vive le roi ! », il faut que son peuple voit sa dépouille, se rassure qu’il est bel et bien mort. Cette dimension a peut-être échappé aux dirigeants ivoiriens qui, par crainte de débordements, ont trop sécurisé la dépouille de la star. Trop, pour en faire un objet de doute dans l’esprit de ses fans, de ses propres amis, de tout un continent. Aussi a-t-on entendu des voix se lever pour dire que « DJ Arafat n’est pas mort ».

La dimension éducative

Et cela est compréhensible dans la mesure où pour faire le deuil de sa personne, il faut avoir les raisons de le faire. C’est-à-dire de donner des instructions à la mémoire, et aux hormones d’accepter que l’autre n’est plus. Pour les Africains, c’est « voir le corps » sans vie de l’être aimé, de l’être cher. Ce qui est arrivé à la star Africaine est tout simplement regrettable. Quand un individu qui a su se forger, se fabriquer, s’imposer aux yeux du monde comme un leader, comme l’homme le plus influent de sa génération dans son pays, arrive à ce seuil de la gloire, un enterrement honorable, digne de son rang devrait être sa récompense. Quoique, le monde ne fonctionnant pas selon nos vœux, il nous reste le pouvoir d’interroger ce qui a bien pu mener à de tels débordements et agissements qui ont donné au monde une image regrettable de la Côte d’Ivoire et des Africains, au-delà de la dimension de faire le deuil, telle que développée précédemment. Et c’est ici qu’apparaît la dimension éducative.

Les « Chinois » , appelons aussi ainsi ceux qui rôdaient autour de Dj Arafat, qui étaient soient ses fans, soient ses hommes de mains, soient ses enfants. Pour la plupart, ce sont des victimes des troubles sociaux politiques qu’a connus leur pays depuis 2010. On entre alors dans la rivalité pour le pouvoir entre le président sortant Laurent Koudou Gbagbo, son ministre Blé Goudé et l’actuel homme fort de Côte d’ivoire Alassane Ouattara et l’ancien Président de l’Assemblée Nationale ivoirien Guillaume Soro. Une crise qui a fait plus de 3000 morts. D’aucuns parlent même de 5000 morts aux bas mots. Au plus fort de cette crise et longtemps bien après, les analystes ont attiré l’attention des autorités sur les effets pervers de cette situation sur la jeunesse. Celle-ci n’allait plus à l’école, n’avait plus un point de focalisation intellectuelle intéressant.

 Hélas pour Dj Arafat

Depuis la crise de 2010, les jeunes ivoiriens ont envahi les lieux de spectacles et de la perversion comme pour exorciser le traumatisme vécu lors des années de braises. Une soif de vivre que la terreur des « Microbes » a donné naissance à travers les « Chinois » . Tout ceci autour du Coupé-décalé propulsé au sommet des hit-parades par Doug Saga, une autre icône des jeunes. Ce dernier est aussi mort à 33 ans avec un retentissement qui a traversé le monde entier.

Depuis la lutte du pouvoir entre le Camp Gbagbo et celui de Ouatarra, beaucoup de ceux qui agitent ce jour la Côte d’ivoire sont des victimes de guerre. Des enfants de personnes tuées, des orphelins abandonnés à eux-mêmes, violés, violentés et humiliés dans les rues de ce pays, des jeunes sans emploi victimes de guerre et tous ceux qui, ce jour, manquent d’éducation, de maturité d’esprit. Ce sont aussi pour certains, des frustrés qui ont eu un peu de soulagement à travers Didier, leur mentor. Tout ceci serait aussi arrivé, parce que l’éducation à la citoyenneté par l’autorité en place a failli. Et c’est ici que nous interpellons les autorités du Cameroun qui sont face à une crise qui va déjà à trois ans.

BackToSchool

Au Pays de Paul Biya, des appels au BackToSchool, se multiplient. Une campagne pour le « Retour des élèves à l’école », comme une supplication du peuple camerounais à ne pas laisser une partie de sa population en marge de l’éducation et de l’instruction à la citoyenneté camerounaise. Depuis plus de 3 ans, les sécessionnistes ont mis sur pied des tactiques de l’école brûlée et de villes mortes. Tout ce qui ne participe pas à l’éducation normale de la jeunesse dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. La crainte est que dans les jours, des années à venir, une partie de la jeunesse de ce pays, celle qui est empêchée d’aller à l’école ce jour, qui est enrôlée par les insurgés, ne se retrouve à la même position des Chinois Ivoiriens et se mettent à agir de la sorte parce qu’il leur a manqué un certain cursus scolaire, une certaine éducation et une bonne lecture de la situation sociopolitique du pays.

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Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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