Lycée Bilingue de Deido : des armes à la place des livres

Lycée bilingue de Deido

Le drame qui vient de frapper le Cameroun par l’assassinat du jeune Tsanou Rochnan Blériot par un de ses camarades, tous deux élèves du Lycée Bilingue de Deido à Douala, est un signal fort pour la reprise en main de l’éducation de la jeunesse Camerounaise par l’Etat, le Gouvernement et ses citoyens.

Nous allons traiter le sujet sur trois dimensions de responsabilités.

  • Familiale
  • Scolaire
  • Gouvernementale

Sur le plan familial

On ne cessera de le dire, les parents doivent éduquer leurs enfants. L’éducation vraie se passe en milieu familial et non scolaire. Envoyer son enfant à l’école n’est pas s’être dessaisit de ses responsabilités familiales comme certains parent se forcent de le croire. L’éducation n’est pas l’instruction, même si à un niveau de compréhension et de développement, ces deux notions se rejoignent pour faire de l’individu, un citoyen accompli, éduqué et instruit.

Mais il faut comprendre que l’éducation met beaucoup plus l’accent dans les bonnes manières, la moralité individuelle, le respect des autres, loin de toute épée, de la peur du gendarme, même si certains parents y arrivent en brandissant la peur de ce dernier.

Généralement on définit l’Education comme l’exercice qui consiste à faire quitter un individu de sa nature bestiale pour celle d’un être qui comprend être un individu pensant et en situation au milieu d’autres individus en situation. Un être de choix non postulés par une loi, si oui celle de la nature et du vivre ensemble.

Échec de l’éducation

Lorsque nous envoyons nos enfants à l’école, c’est beaucoup plus pour autres choses que d’y aller acquérir l’éducation telle que nous l’avons définie. Alors, chers parents, le boulot qui consiste à rendre vos enfants des responsables moraux, et des individus respectueux d’autres individus vous incombe.

Lorsqu’un drame tel que celui qui s’est passé au Lycée Bilingue de Deido arrive, je ne pense pas que des personnes sensées poseront des questions sur la moralité du professeur, du proviseur, sur la disponibilité des enseignants et de la manière donc les cours sont dispensés en premier. Mais beaucoup se poseront des questions sur la famille du présumé élève assassin, sur sa moralité, la constitution de sa cellule parentale, sur son éducation, voire sur l’ambiance de son quartier.

Autant de choses qui peuvent amener les uns et les autres à juger, à tort ou à raison, de votre échec quant à faire de votre gosse, un homme bien.

Sur le plan scolaire

L’instruction ne peut être séparée de l’éducation. Je crois que c’est pour cela que le ministère qui gère la scolarité des enfants du Cameroun a le mot éducation dans son appellation. L’école, dans ses trois premières années sert à la récite, à la mémorisation, à la répétition des gestes. On y trace des rond à ne plus en finir, on fait des coloriages plus ou moins réussis. Puis, passée cette étape, on se met à comprendre être un individu qui n’a plus tous ses droits, qui n’a plus droit à tous les caprices.

Pourquoi ? Parce que le propre de l’école est de former un individu selon la commande du gouvernement, selon le projet que l’Etat a pour son territoire. Pour cela on peut affirmer sans risque de nous tromper que l’Ecole a des missions étatiques auxquelles elle ne doit, et ne peut déroger sans conséquences graves.

Lorsque des élèves sont capables de former un gang avec leurs professeurs, le risque de la perte de tutelle devient énorme. Lorsque des élèves peuvent soudoyer leurs administrateurs cela devient un risque encore plus énorme. Et ce risque, c’est que la stabilité sociale soit ébranlée.

Comment comprendre autrement lorsque des élèves parviennent à se retrouver dans l’enceinte d’un établissement, en plus d’un lycée, une des propriétés de l’Etat, avec des armes blanches ? Mais non seulement, arriver à y supprimer des vies, des vies de leur enseignant ou de l’un de leur camarade.

Comment qualifier les administrateurs de nos lycées et collèges lorsque des élèves jouent du porno carrément à l’intérieur de nos établissements scolaires, lorsque des professeurs et maîtresses d’école jouent aux gangsters qui ravitaillent ou achètent des drogues dures aux élèves. Le mot irresponsable est léger.

Missions de l’instruction

A l’école, on donne des instructions pour vivre en société, pour devenir un bon citoyen, pour avoir l’amour de sa patrie, pour comprendre pourquoi assimiler des notions de géographie, d’histoire, des mathématiques et autres chimie ou biologie. On y forme un individu à même de prendre la relève quant à la conduite des affaires de la cité. On parle d’instruction, telle que le sommet de l’Etat a jugé l’orientation à donner à la formation de la jeunesse, le fer de lance de la nation.

Seulement tout ceci ne serait pas possible lorsque rien n’est biaisé depuis le haut, depuis ceux qui ont à mettre une politique culturelle en place qui devra à son tour forger culturellement, disons mieux modeler l’être avec un esprit camerounais. C’est le rôle du gouvernement de faire des politiques éducatives.

Et un mot pour finir, le rôle de l’école n’est pas de radier un enfant pour le renvoyer au quartier, pour le rendre un badaud, un désœuvré. Cela est une contre mission car c’est justement son rôle de récupérer et de redresser des enfants difficiles ou à problèmes.

Sur le plan gouvernemental

Gouverner c’est prévoir ne cesse-t-on pas d’enseigner dans les études géostratégiques. Gouverner c’est aussi mettre en place tout ce qu’il faut pour atteindre des objectifs qu’un Etat s’est donnés. Des objectifs sur le plan  d’administration du territoire, de la formation de sa jeunesse, de l’éducation de ses citoyens, du développement de sa cité, et de la culture des membres de ses cités dans un esprit disons-le fièrement Camerounais, etc.

Au Cameroun, il est très difficile de décrire clairement les politiques mises en place. Nous allons nous employer dans une seule qui semble loin du drame du Lycée Bilingue de Deido, tout en y étant pourtant très liée: c’est notre politique culturelle.

Le Cameroun vit à l’heure tous azimuts médiatiques. Avec l’arrivée d’Internet dans nos ménages, les enfants ne sont plus à l’abri. Ni des images choquantes, ni des vidéos formatant leur esprit encore mal forgé à résister. Whatsapp, Facebook, Twitter et autres sont autant de sources d’informations et de recrutement que semblent seuls ignorer ceux qui sont en charge de cette jeunesse qui parfois, pour se « retrouver » une fois perdue au milieu des grandes personnes, n’a qu’elles.

Une tueuse silencieuse de notre culture

Le Cameroun a une tueuse silencieuse qui est activée chaque jour en son sein. Nous parlons de nos chaînes de télévision, nationales et internationales, qui diffusent à longueur de journée la politique culturelle de ceux qui ont juré notre perte.

A présent même les dessins animés sont devenus un instrument de guerre froide et subtile : les Mangas, c’est la porte à la violence, les Simpsons sont une ouverture à la pédérastie, les novelas font rêver nos filles qui vivent la vie des autres dans leur tête en délaissant la leur, assises à longueur de journée sur un fauteuil.

Quel est ce pays où 90% de chaînes dans nos bouquets sont des chaines de cultures étrangères ? Ou des images qui s’y meuvent ne présentent que d’autres races et d’autres visions culturelles ? La Nation camerounaise est une fillette noire qui joue avec une poupée blanche. Cela n’est pas bon, voire très dangereux.

Et c’est pourquoi nous interpellons notre gouvernement à être beaucoup plus regardant sur ce qui se diffuse dans nos médias à longueur de journée. Si non, le Cameroun se retrouvera de plus en plus avec des jeunes qui ont des couteaux et des tournevis dans leurs sacs à la place des cahiers et des stylos à billes.

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Saimondy

Journaliste, Écrivain, Auteur et Compositeur.

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